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à Aigle par Maxence Caron (2010-03-22 18:52:00) Imprimer

Il y a, cher Monsieur ou chère Madame, ce que l’on vous dit, c’est-à-dire ce que l’on écrit partout comme un discours admis ou à admettre, et il y a les faits autres, contradictoires, ce que l’on omet de préciser et qui rend l’analyse bien plus ample donc bien moins appréciable aux yeux de ceux qui n’aiment pas penser – penser, c’est-à-dire aimer la Vérité. Et penser que Bach est protestant, refuser de constater la dimension eucharistique de son œuvre malgré la richesse explicite de son arithmologie musicale et de sa symbolique harmonique, en ramenant, au lieu de regarder la partition ou tout simplement la cohérence de la personne, la question posée par telle œuvre qui semble catholique à la question de l’œuvre de commande voire d’intérêt, c’est aller au plus facile et au plus confortable dans une époque qui, pour se prémunir de tout regard sur sa catastrophe, a décidé que la religion vraie avait tort.

Encore une fois, je ne peux entrer ici dans le détail de mon ouvrage sur Bach qui fait trois centaines de pages et auquel, si la chose intéresse, je ne peux que renvoyer.

La question des commandes par tel Electeur qui était prince d’une province à la fois catholique et protestante, et qui échappait donc à la doctrine politique du « Cujus regio, ejus religio » à laquelle Bach, comme tout musicien de son époque était soumis, y est résolue avec facilité, car c’est un faux problème et qui se voit élevé au chef d’« origine de la Messe en si ». Le Kyrie et le Gloria ont été composés à cette occasion, au début des années 1730. Et en ce cadre précis, Bach n’excède pas ce qu’autorise la liturgie protestante, autrement dit composer une « Messe » ne contenant que le Kyrie et le Gloria. Fort bien. A partir de là, beaucoup de musicologues sont déjà mal à l’aise car ils ne font pas la différence : du moment qu’il est écrit « Messe », ils sont déjà idéologiquement excédés. Que Bach ait écrit par ailleurs quatre autres Messes de ce type, généralement appelées « Messes brèves », ne les convoque pas plus à la pensée : la forme initiale et très réduite de ce qui deviendra quinze ans plus tard la Messe en si, garde les strictes proportions dictées par la liturgie protestante, mais cela les fait tracasser alors qu’il n’y a aucune question à poser sur cette version primitive et que toutes les évidences apparaissent au contraire lorsque Bach, à la fin de sa vie, écrit pour lui-même, sans aucune commande ni aucune ambiguïté théologique, une Messe catholique romaine appelée par lui-même, comme le rapportent ses fils et son entourage, la « Grande Messe Catholique ».

Comme je le dis dans la précédente réponse à la précédente question, la foi personnelle d’un Bach catholique peut très bien s’exprimer musicalement dans des fonctions officielles de compositeur à qui l’on demande un travail de musicien en un contexte dont la liturgie est réformée. La question est de savoir quelle est la pensée de Bach. Et personne n’a jamais posé cette question. On a dit ceci, cela, qui est toujours une considération historique, sociologique, voire psychologique, mais jamais on ne s’est donné la peine de prendre une partition pour regarder, à même l’écriture de Bach, ce que ce fascinant homme pense intimement. Et l’intimité d’un compositeur, c’est sa partition.
Qui aurait le front d’expliquer l’œuvre d’un écrivain sans ouvrir un seul de ses livres et en s’appuyant uniquement sur le contexte historico-socio-religio-culturel dans lequel il a écrit ? Explique-t-on la pensée et le génie de Proust en disant qu’il est né à telle époque où la France a vu défiler tels événements, en enregistrant le fait qu’il avait telle famille, tels amis, et en ne lisant pas son sublime œuvre ? Il en est de même des musiciens en général, et de Bach en particulier : tout est dans le texte, en l’occurrence dans la partition. Et la partition dit partout, à qui sait lire et entendre la musique, que Bach a une pensée catholique. C’est ainsi : lorsque un chrétien affirme avec force sa foi en l’Eglise et en l’Eucharistie, et souligne par la force et les symboles choisis de sa musique chaque verset du Credo, tout en illustrant sa croyance aux anges, par exemple, dans le Gloria qui est pétri des Hiérarchies angéliques de Denys l’Aréopagite, ou telle autre caractéristique catholique à chaque mesure de l’œuvre, il déploie musicalement une pensée catholique qu’il reprend d’autant plus à son compte que cette pensée est inscrite au sein d’une œuvre composée librement à la fois comme une synthèse de toute son existence créatrice à laquelle il donne ainsi une orientation claire, comme une création nouvelle car libre de toutes contraintes d’ordre professionnel, et comme un testament.

Bach est un penseur et musicien de cœur catholique déployant la plupart du temps son art dans une liturgie protestante, sans que ce dernier aspect puisse avoir un décisif impact sur la catholicité du premier aspect.
Un passage extraordinaire de la Messe en si permet de se convaincre définitivement de la chose, et il est curieux que personne ne l’est vu tant il bondit au regard attentif et caresse les yeux qui entendent regarder : lors de l’« Et in unam sanctam », lorsqu’il s’agit d’affirmer sa foi en l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique, Bach accomplit un tel tour de virtuosité mathématique au sein de sa musique, mêlant de manière symbolique à l’agencement de la partition sa propre signature chiffrée, et l’inscrivant de sorte à refléter à la fois la Trinité et la présence du Corps du Fils comme Eglise visible, qu’il devient une trouble fantaisie de penser Bach protestant. Non seulement Bach signe quand sa Messe en si arrive au moment de dire : « Je crois en l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique », mais en outre il multiplie la présence de sa signature sur différents plans en une symbolique dont la virtuosité dans l’ordre de la composition est aussi claire qu’unique et magistrale. Qu’on aille donc dans le livre publié par Via Romana constater cette merveille dont seul le génie et l’humour de Bach sont capables ; c’est prodigieux.
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