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Sur le FC, lorsqu'il réouvrira, par XA (2008-11-24 20:44:31) Imprimer

vous trouverez ici le message qui initia cet article, et qui suit :

Le livre de Christophe Geffroy (Benoît XVI et la « paix liturgique », Cerf), sérieux et très bien documenté, reflète le parcours d'un catholique tiraillé entre un attachement liturgique au missel de 1962 et la fidélité à Rome. Une grande partie de son travail entraîne l'adhésion. Il est cependant regrettable qu'il soit fragilisé par des conclusions personnelles discutables.
Critiquer la réforme liturgique?
Christophe Geffroy tend à contester la possibilité d'une critique de la réforme liturgique. Il cite le P. Cabié qui écrit : « Pour que la diversité (liturgique) ne brise pas l'unité, il est nécessaire qu'elle ne soit mêlée d'aucune suspicion à l'égard des autres traditions. » Outre que l'assimilation de la messe de 1969 à une « tradition » puisse être contestée, l'exclusion de toute suspicion est radicale (cf. aussi p. 212). Dans la phrase qui suit, Christophe Geffroy présente un texte du P. Bonino en lui faisant dire qu'il n'est « pas possible de juger le nouveau missel déficient ». Or le P. Bonino, plus mesuré, n'exclut qu'une « rupture substantielle » entre les deux missels et conclut qu'« on ne peut faire valoir de raisons dogmatiques absolument dirimantes contre l'Ordo Missae de Paul VI ». Or peu de traditionalistes vont jusque là et cela n'exclut pas la critique de certaines déficiences. Même Joseph Ratzinger, comme théologien, a dénoncé les « insuffisances de la réforme liturgique postconciliaire » (dans L'Esprit de la liturgie, cité par Geffroy p. 44). S'il faut réformer la réforme, c'est bien parce que celle-ci est déficiente, et la liturgie ne progressera pas sans l'analyse de ces déficiences.
L'obligation de célébrer la nouvelle messe
Le glissement précédent a pour but de soutenir la thèse selon laquelle les prêtres célébrant la messe de 1962 devraient aussi célébrer celle de 1969. Le problème est que cette position personnelle n'a pas de fondement consistant.
Dans la lettre aux évêques accompagnant le motu proprio, Benoît XVI écrivait que les prêtres attachés au missel de 1962 ne peuvent « par principe exclure la célébration selon les nouveaux livres ». Par principe, mais pas nécessairement en pratique. D'ailleurs, le motu proprio (qui est le texte qui importe véritablement) n'introduit aucune condition de ce type. C'est pourquoi Rome a garanti aux prêtres de l'Institut du Bon Pasteur la pratique exclusive du missel de 1962. Cela gêne évidemment Christophe Geffroy, qui explique que « cela crée une ambiguïté détestable » (p. 279).
La pratique traditionnelle de l'Eglise peut nous éclairer. En effet, les prêtres catholiques orientaux étaient tenus à suivre leurs livres liturgiques (cf. can. 818 de l'ancien Code), tout comme les membres d'ordres religieux disposant de leur propre liturgie (Dominicains, Carmes), même lorsqu'ils dirigeaient des paroisses.
Certes, cet argument n'a de valeur qu'analogique, car Benoît XVI a décidé que les deux Missels ne sont que « deux mises en oeuvre de l'unique rite romain » (avec, notons-le après Jean Madiran, une primauté d'honneur pour le Missel de 1962, qui doit « être honoré en raison de son usage vénérable et antique »). La liberté reconnue aux prêtres de célébrer selon l'une ou l'autre de ces formes n'est pas accompagnée de l'obligation de célébrer les deux : le curé célébrant selon la forme ordinaire n'est pas contraint de célébrer dans la forme extraordinaire; on voit mal pourquoi l'inverse s'imposerait.
Sur le débat spécifique qui a secoué la Fraternité Saint-Pierre - portant sur le respect de son caractère liturgique propre – et la concélébration, le R.P. Louis-Marie de Blignières a publié trois études fouillées, que Christophe Geffroy ne fait qu'évoquer (p. 210 ss.). Il eut été préférable de répondre point par point: la condition du progrès intellectuel est la prise en compte des arguments adverses, comme le fit saint Thomas.
Asséner comme il le fait l'argument d'autorité (p. 212) est ici singulièrement malvenu, car les autorités romaines ont multiplié les positions contradictoires depuis 40 ans. Dans son motu proprio Summorum pontificum du 7/7/2007, Benoît XVI affirmait que le Missel romain de 1962 n'a été « jamais abrogé ». La lettre aux évêques accompagnant le document précisait que « ce Missel n'a jamais été juridiquement abrogé, et que par conséquent, en principe, il est toujours resté autorisé ». Cependant, Paul VI a explicitement dit le contraire, ainsi que la curie romaine jusqu'à peu (cf.la réponse officielle du 11 juin 1999 de la Congrégation pour le culte divin, citée dans le livre p. 208). Il est vrai que le cardinal Ratzinger avait dénoncé l'idée typiquement moderne selon laquelle le Pape aurait le pouvoir de bouleverser la liturgie. Le fidèle ne peut donc que conclure que l'abus de pouvoir dont Paul VI a été le premier responsable a été le début de presque quarante ans d'injustice. Cela peut mettre en garde contre la tentation du fondamentalisme magistériel.
Aspirer les ressources pastorales traditionnelles?
Dans sa conclusion, Christophe Geffroy propose concrètement que l'on compense le déficit des vocations liées à la forme ordinaire par les ressources sacerdotales issues de la forme extraordinaire. Il n'est pas sûr que cela soit « la » bonne idée. Cela revient à jeter le doute sur le potentiel missionnaire et évangélisateur du Missel romain traditionnel, qui en 2000 a fait ses preuves: s'il s'est avéré fécond y compris auprès des peuples non-européens, il peut bien l'être encore dans les campagnes de nos vieux pays. Dans Le sel de la terre (p. 214), le cardinal Ratzinger voyait l'avenir de l'Eglise à partir de « petits cercles vivants, où des gens convaincus et croyants agiront selon leur foi ». Les communautés vivant des richesses de la liturgie sacrée peuvent être le point de départ d'un renouveau plus fécond que l'alimentation sous perfusion de corps paroissiaux agonisants, pratiquant une liturgie misérabiliste.
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