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Origine lointaine et différente de ce que l'on peut penser par Paul Airiau (2007-02-13 21:07:30) Imprimer

Un certain nombre d'anciens élèves de Santa Chiara sont devenus évêques à partir des années 1945-1950, et avaient une réelle affection et dévotion pour le PLe Floch. Pour le fun, je cite Mgr Ancel, évêque-ouvrier comme il y eut des prêtres ouvriers, et qui fut fortement épinglé par le P. Fessard quant aux rapports entre catholicisme et marxisme dans les années 1970, qui en 1947 voulait faire venir le P. Le Floch à son sacre, et était prêt à envoyer une voiture de Lyon à Aix pour ce faire. Le P. Le Floch déclina.
Le vivier SF intransigeantiste accéda peu à l'épiscopat : Roul, Berto, Lefèvre, Lusseau, etc., et pas seulement parce qu'ils étaient intransigeantistes. Roul a bien sûr été secrétaire de Mgr Le Fer de la Motte à Nantes, proche de l'AF, mais au départ de son évêque, remplacé par Mgr Villepelet, Action catholique à fond, il part dans un monastère et y reste plus de cinq ans. Selon un prêtre nantais, ancien du SF du P. Le FLoch, c'est exactement ce qui est impardonnable dans l'Eglise des années 1930 : on ne change pas de clergé.
Les fidèles par mi les fidèles du P. Le Floch manifestèrent une certaine rancoeur au fait de ne pas être promus. Le P. Congar, lors d'une rencontre avec les abbés Berto et Dulac en témoigne. Notons malgré tout que des anciens du P. Le Floch permirent des naissances structurant aujourd'hui le monde traditionaliste : Fontgombault notamment.
Enfin les évêques ne sont pas le tout de l'Eglise : ils doivent désormais composer avec une pastorale d'ensemble, et un évêque, sauf s'il est prêt à assumer la rupture avec son clergé, aura du mal à être un réformateur au sens premier du terme.



Plus profondément, la réorientation des années 1920 correspond à un renforcement de la romanité. Mais ce renforcement s’accompagne d’une modification. Pour le P. Le Floch et ses disciples, la romanité est aussi, voire surtout, un contenu, que l’étude des documents pontificaux permet de connaître. La romanité, c’est l’intransigeantisme apocalyptiste. Ainsi, à la limite, la romanité n’est pas définie par le pape régnant, mais par l’ensemble d’un mouvement cohérent déterminant la pensée du pape présent, qui ne fait que s’inscrire dans une continuité, qui ne peut que se développer de manière homogène, homogénéité presque comprise au sens d’identité et de répétitivité. Elle est un contenu qui s’impose au pape. Or, à partir de Pie XI, la romanité n’est plus un contenu et une attitude de soumission à ce contenu papalement déterminé. Elle est uniquement une attitude : la soumission au pape, lequel détermine un contenu. Renforcement du pouvoir papal donc, puisque le contenu évolue avec le changement de pontife. La foi n’évolue pas, bien sûr, mais la conception du rapport au monde moderne change. Lentement, certes, de manière non linéaire, pas n’importe comment ni dans n’importe quelle direction, mais change. La déconnexion entre contenu de la romanité et la romanité elle-même explique que l’attachement au pape puisse s’accompagner d’une remise en cause de la pensée intransigeantiste à la suite du pape, et en s’appuyant sur lui. Sinon, comment expliquer que F. Gay puisse proclamer lui aussi sa romanité – bien qu’il connaisse le même problème que le P. Le Floch, puisqu’il identifie lui aussi finalement la romanité à un contenu, la transigeance.
Ainsi, la rupture de 1926, réalisée par Pie XI, porte finalement en elle Vatican II, car elle détruit à terme la romanité telle qu’elle s’était construite sous Pie X, instrument de répression antimoderniste identifié à un contenu, remplacée aujourd’hui par une soumission aux décision pontificales. Dans ce cadre, le motu proprio de juillet 1998 Ad tuendam fidem, qui introduit, dans la hiérarchie des vérités à croire, entre les vérités de la Révélation à croire de foi divine et les enseignements à recevoir avec une religieuse soumission de l’intelligence et de la volonté, les vérités non révélées mais définitives car ayant un lien nécessaire avec la Révélation et proposées par le magistère, n’est que l’aboutissement du renforcement de l’autorité doctrinale du pape déconnectée en partie d’un corpus antérieur contraignant . Même, poussons plus loin : ce que fit Pie X en demandant une obéissance à des actes et positions qui semblaient rompre avec ses prédécesseurs, n’est-ce pas exactement ce que fit Vatican II, en se proclamant pastoral pour mieux être dogmatique, et s’affirmant dans la continuité pour mieux renouveler et donc faire muer ? Tout à la fois continuité et mutation, et avec quelques faibles arguments pour justifier l’opération, si ce n’est l’argument d’autorité : l’autorité du concile lié au pape, qui proclame et réalise sans se justifier le changement d’univers intellectuel. Rien ne le montre mieux que le dialogue entre le cardinal Garrone et Mgr Lefebvre en février-mars 1975 : à l’autorité du magistère et du concile, affirmée par le cardinal en romain ayant suivi Pie XI, et accusant même le supérieur d’Écône de libéralisme – argument qui révèle bien l’enracinement intransigeant de ce transigeant partiel à l’image de Vatican II –, ce dernier oppose l’autorité de la Tradition, du magistère de toujours.

Bref, la condamnation joue davantage parce qu'elle signifie que par l'influence qu'elle a sur le destin des hommes
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